Jeudi 18 février 2010
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17:15
Evidemment, il y a retour et retour. Retour de victoire et retour de défaite ne se ressemblent guère. Débordements orgiaques ou sobriété tristounette d’un voyage presque ordinaire, à vous
de choisir…
Au rugby, gagner un match à l’extérieur relève bien souvent de l’exploit. Même si vos adversaires sont en théorie plus faibles, le match "à la maison" galvanise, transfigure ceux qu’on croyait sacrifiés d’avance en bêtes féroces prêts à tout pour défendre leur peau. Vertus guerrière venues du fond des âges qui ceignent le terrain de vos hôtes d’épais remparts, le jalonnent de solides donjons et vous promettent 80 minutes de délicates attentions. Dans ces conditions, la victoire, c’est la prise d’une forteresse. Les vaillants conquérants deviennent alors terribles soudards qui veulent piller la cité, violer les bergères et pendre les curés. Entre joie démesurée et sentiment d’être devenu intouchable, le rugbyman victorieux monte dans le car…
La loi barbare
Faut-il préciser qu’auparavant, la petite collation organisée par les bénévoles du club qui reçoit, s’est transformée en véritable orgie. Pâté-croûte et rillettes engloutis en cinq minutes chrono, litrons de blanc siphonnés à la vitesse de la lumière. Les joueurs adverses, humiliés, se tiennent silencieux dans leur coin, mâchonnant leur sandwich et laissant leurs vainqueurs triompher sans pudeur à l’intérieur de leurs murs. Les premiers refrains paillards ne tardent pas à fuser. Vous savez, ces sempiternelles ritournelles qui rythment la carrière d’un joueur, qui parlent de moines dotés de grosses bites, d’étudiants sodomites et autres Marie-salopes qui lèvent allègrement la cuisse. Bref, après deux heures d’un sage goûter arrosé de Banga, la bruyante équipée rejoint le car, non sans avoir déboulonné les deux ou trois pochards qui avaient pris racine près du zinc. Le chauffeur, toujours le même, désigné par sa compagnie comme convoyeur de rugbymen, n’est pas surpris. Il est blindé et sait qu’il dérogera à toutes les règles du métier, qu’il laissera faire, que le véhicule ne lui appartient plus, et qu’on lui demande juste d’arriver à bon port. Les interdictions formelles du genre : on ne fume pas, on ne boit pas sont balayées par la loi barbare.
Comme par magie, il y a toujours dans ces moments là un type qui remonte des soutes un énorme pack de bière à noyer un régiment de légionnaires.
Moment magique : le boulard
Alors ça chante, alors ça boit, et quand on s’arrête pas assez souvent, ça pisse dans des bouteilles d’eau minérale. Exercice délicat qui devient un jeu amusant : bien viser malgré les secousses, ne pas faire déborder la bouteille. Déferlante urinaire contenue vaille que vaille et inévitable festival de gerbe qui s’ensuit. Et la, pas question de trouver une bouteille, mais plutôt un sac plastique qui traîne sous un fauteuil, si possible non troué. Le gerbeur gerbe donc, sans commisération alentour et sans entamer sa bonne humeur puisqu’ après la purge, il se remet à boire et à chanter. Ou pire, à prendre le micro de façon intempestive pour raconter des conneries ou pour se répandre lamentablement en émotions d’ivrogne sur l’amour qu’il porte à cette équipe, à ce club formidable, etc… Et puis vient le moment unique, celui assez puissant qui capte l’attention d’une trentaine de compagnons imbibés : le visionnage du boulard. Quand on a plus rien à chanter, plus rien à boire, il y a toujours un énergumène qui déniche dans la petite vidéothèque du chauffeur un bon vieux porno. Alors au début, tout le monde se marre, on commente, on remet des scènes au ralenti. Et puis viennent ces minutes délectables, hors du temps, où on rigole un peu moins, où les commentaires se font plus sporadiques, et où finalement dans un silence absolu, tout le monde regarde vraiment le film. Les chapiteaux se dressent un par un sous les survêt’… atmosphère lubrique, trop peut-être jusqu à en devenir gênante. Et quand la gêne devient trop palpable, le chahut revient laissant derrière lui cette étrange pause libidineuse.
La Grolle
Au rugby, gagner un match à l’extérieur relève bien souvent de l’exploit. Même si vos adversaires sont en théorie plus faibles, le match "à la maison" galvanise, transfigure ceux qu’on croyait sacrifiés d’avance en bêtes féroces prêts à tout pour défendre leur peau. Vertus guerrière venues du fond des âges qui ceignent le terrain de vos hôtes d’épais remparts, le jalonnent de solides donjons et vous promettent 80 minutes de délicates attentions. Dans ces conditions, la victoire, c’est la prise d’une forteresse. Les vaillants conquérants deviennent alors terribles soudards qui veulent piller la cité, violer les bergères et pendre les curés. Entre joie démesurée et sentiment d’être devenu intouchable, le rugbyman victorieux monte dans le car…
La loi barbare
Faut-il préciser qu’auparavant, la petite collation organisée par les bénévoles du club qui reçoit, s’est transformée en véritable orgie. Pâté-croûte et rillettes engloutis en cinq minutes chrono, litrons de blanc siphonnés à la vitesse de la lumière. Les joueurs adverses, humiliés, se tiennent silencieux dans leur coin, mâchonnant leur sandwich et laissant leurs vainqueurs triompher sans pudeur à l’intérieur de leurs murs. Les premiers refrains paillards ne tardent pas à fuser. Vous savez, ces sempiternelles ritournelles qui rythment la carrière d’un joueur, qui parlent de moines dotés de grosses bites, d’étudiants sodomites et autres Marie-salopes qui lèvent allègrement la cuisse. Bref, après deux heures d’un sage goûter arrosé de Banga, la bruyante équipée rejoint le car, non sans avoir déboulonné les deux ou trois pochards qui avaient pris racine près du zinc. Le chauffeur, toujours le même, désigné par sa compagnie comme convoyeur de rugbymen, n’est pas surpris. Il est blindé et sait qu’il dérogera à toutes les règles du métier, qu’il laissera faire, que le véhicule ne lui appartient plus, et qu’on lui demande juste d’arriver à bon port. Les interdictions formelles du genre : on ne fume pas, on ne boit pas sont balayées par la loi barbare.
Comme par magie, il y a toujours dans ces moments là un type qui remonte des soutes un énorme pack de bière à noyer un régiment de légionnaires.
Moment magique : le boulard
Alors ça chante, alors ça boit, et quand on s’arrête pas assez souvent, ça pisse dans des bouteilles d’eau minérale. Exercice délicat qui devient un jeu amusant : bien viser malgré les secousses, ne pas faire déborder la bouteille. Déferlante urinaire contenue vaille que vaille et inévitable festival de gerbe qui s’ensuit. Et la, pas question de trouver une bouteille, mais plutôt un sac plastique qui traîne sous un fauteuil, si possible non troué. Le gerbeur gerbe donc, sans commisération alentour et sans entamer sa bonne humeur puisqu’ après la purge, il se remet à boire et à chanter. Ou pire, à prendre le micro de façon intempestive pour raconter des conneries ou pour se répandre lamentablement en émotions d’ivrogne sur l’amour qu’il porte à cette équipe, à ce club formidable, etc… Et puis vient le moment unique, celui assez puissant qui capte l’attention d’une trentaine de compagnons imbibés : le visionnage du boulard. Quand on a plus rien à chanter, plus rien à boire, il y a toujours un énergumène qui déniche dans la petite vidéothèque du chauffeur un bon vieux porno. Alors au début, tout le monde se marre, on commente, on remet des scènes au ralenti. Et puis viennent ces minutes délectables, hors du temps, où on rigole un peu moins, où les commentaires se font plus sporadiques, et où finalement dans un silence absolu, tout le monde regarde vraiment le film. Les chapiteaux se dressent un par un sous les survêt’… atmosphère lubrique, trop peut-être jusqu à en devenir gênante. Et quand la gêne devient trop palpable, le chahut revient laissant derrière lui cette étrange pause libidineuse.
La Grolle